Quelle suite pour le quinquennat ? Emmanuel Macron s'adresse aux Français lundi à 20h pour donner ses perspectives après la promulgation de la réforme des retraites, dans une atmosphère de crise politique persistante et avec des syndicats tournés vers le 1er mai. Le président de la République n'a pas promulgué la réforme des retraites en direct à la télévision, comme il l'avait fait pour les premières réformes emblématiques de son premier mandat en 2017.
Pour autant, Emmanuel Macron n'a pas traîné. La publication au Journal officiel quelques heures à peine après sa validation partielle par le Conseil constitutionnel a été vécue comme une nouvelle provocation par les opposants. "Jusqu'au bout le mépris", a jugé le patron de la CFDT, Laurent Berger. Une manière aussi de signifier que l'allocution de lundi, retransmise sur les principales chaînes télévisées, devrait être tournée vers la suite du quinquennat.
"Collectivement, je trouve que l'on ne parle pas assez aux Français"
Au sujet de cette allocution, Yaël Braun-Pivet explique que "le président de la République, dans le rôle qui est le sien, doit évidemment rappeler les orientations politiques qui sont les siennes, ce qu'il a retenu de cette séquence autour des retraites et s'adresser, et c'est ce qu'il va faire, directement à ses concitoyens. Je suis peut-être un peu déçue que nous ne leur parlons pas assez." "Collectivement, je trouve que l'on ne parle pas assez aux Français." La présidente de l'Assemblée nationale tient à rappeler que "nous n'arrêtons pas de réformer et de transformer notre pays." "A l'Assemblée Nationale, depuis juillet 2022, nous avons adopté 24 textes de façon définitive. (...) Moi je vois un pays qui se réforme, qui se transforme."
Yaël Braun-Pivet ajoute : "Je ne suis pas de ceux qui pense que l'on fait tout bien, tout le temps et que c'est tout le temps la faute des autres quand ça ne marche pas." "On attend peut-être trop du président de la République et je ne parle pas d'Emmanuel Macron. Dans notre fonctionnement démocratique, on attend peut-être trop d'une seule et même personne." La présidente de l'Assemblée nationale affirme qu'Emmanuel Macron "laisse de la place" aux autres mais que "maintenant, aujourd'hui je pense qu'il faut que chacun prenne sa place et surtout prenne ses responsabilités."
"Nous devons inventer les institutions qui correspondent au XXIème siècle"
Dans un contexte très tendu, où la colère ne redescend pas au sujet de la réforme des retraites, "je trouve le pays inquiet, le pays en colère aussi et on le voit et il faut entendre cette colère" estime Yaël Braun-Pivet. "Le moment est grave et nous avons, nous qui sommes aux responsabilités et plus largement tout ceux qui exercent des responsabilités qu'ils soient dans la majorité ou l'opposition, nous avons une lourde responsabilité et moi j'en ai éminemment conscience."
Pour la présidente de l'Assemblée nationale, "nous devons inventer les institutions qui correspondent au XXIème siècle, à la société dans laquelle nous vivons. Nous devons les faire évoluer. Je fais aussi partie de ceux qui pensent que lorsque cela tangue (...) nos institutions nous protège en situation de crise. Elle protège la démocratie, la vie démocratique, en assurant l'équilibre des pouvoirs, le respect des oppositions et en assurant les droits et les libertés individuelles." Yaël Braun-Pivet ajoute qu'il "faut faire très attention avec nos institutions et ne pas forcément les modifier de façon brutale et massive. Il faut les adapter." "Il ne faut pas toucher aux grands équilibres car ils sont très protecteurs et on voit aujourd'hui que notre pays est soumis à de fortes tensions. On voit politiquement que nos institutions sont remises en cause de façon violente par certains, que ce soit à l'extrême gauche ou à l'extrême droite."
Selon elle, "le climat n'est pas propice à une révision profonde de nos institutions parce que le calme n'est pas là et la raison n'est pas là sur ce plan là." "Maintenant, il faut entendre les aspirations de nos concitoyens et nous voyons bien que nos concitoyens aspirent à être plus entendu donc, il me semble qu'il faut aller vers plus de participation citoyenne et, je plaide depuis longtemps pour cela, vers un rééquilibrage des pouvoirs entre le parlement et l'exécutif. Renforcer les pouvoirs du parlement me semble être une piste intéressante mais sans bouleverser les équilibres qui, à nouveau, sont protecteurs de nos droits et libertés."
"On légifère non pas à court terme mais on légifère pour du moyen et long terme"
Au sujet de la réforme des retraites, et le recours au 49-3, Yaël Braun-Pivet rappelle que "le rejet de la motion de censure vaut adoption du texte par l'Assemblée nationale". La députée des Yvelines ajoute que "ce que l'on dit, c'est qu'il faut continuer à avancer sur un certains nombre de sujets qui justement ont été mis à jour au moment de la réforme des retraites." "Lorsque que l'on a débattu sur la réforme des retraites, on a parlé des inégalités salariales entre les hommes et les femmes, les carrières hachées, les carrières longues, on a parlé de la pénibilité (...) on a ouvert un certain nombre de sujets qu'il faut maintenant très clairement adresser. (...) On a un nombre de chantier colossaux devant nous et traitons les plutôt que de rester bloqué, parce qu'autrement nous n'y arriverons pas collectivement et ce n'est pas dans l'intérêt des travailleurs."
Enfin, concernant la méthode, Yaël Braun-Pivet l'affirme : "nous n'avons pas réussi à faire comprendre que cette réforme était indispensable et que nous ne pouvions pas continuer avec un système de retraites qui soit durablement et structurellement déficitaire et qui soit financé par la dette." "On légifère non pas à court terme mais on légifère pour du moyen et surtout du long terme. La réforme du système des retraites s'inscrit dans ce long terme là."