Faire un panorama de l'œuvre de Joseph Kessel c'est se pencher sur près de quatre-vingt dix œuvres dans des genres et des styles différents. À rebours des expériences formalistes du Nouveau roman et du structuralisme des années 60, Kessel reste attaché au récit "à l'ancienne" qui lui a valu un succès considérable et durable auprès du public, sensible à l'humanité profonde de ses textes, ainsi qu'à la sincérité d'un auteur qui a lui-même tout vécu, ou presque. En compagnie de Serge Linkès, universitaire et responsable de l’édition des œuvres de Joseph Kessel dans La Pléiade, tour d'horizon des écrits de Kessel.
Kessel, héritier des romanciers réalistes
Réfléchir sur les influences de l'œuvre de Kessel c'est regarder du côté des grands auteurs russes comme Dostoïevski et Tolstoï mais c'est aussi regarder vers Stendhal qui comme lui voulait donner du plaisir au lecteur. Joseph Kessel est un héritier des romanciers réalistes du 19e siècle. Pour Serge Linkès, Kessel possède une faculté d'émerveillement et il a cette capacité de partager cet émerveillement. C'est ainsi d'ailleurs qu'il travaille pour ses reportages, toujours à la recherche non seulement du sensationnel mais de la découverte d'autrui. Au fur et à mesure qu'il écrit, son regard change et les clichés disparaissent.
On est dans une démarche à l'opposé de la définition du Nouveau Roman, courant littéraire qui cassait les codes du roman et qui s'imposait au début des années 1960. Chez Kessel, chaque texte est une mise en scène, un décor qu'il construit pour raconter une histoire sensible et sincère proche de ce qu'il a vécu.
L'œuvre de Kessel, entre journalisme et littérature
Kessel a connu tout de suite le succès mais la critique n'a pas toujours suivi. Il est entouré d'une image de dilettante qui l'a desservi. Écrire des reportages et des romans sur le même sujet, cela avait tendance à donner cette impression de "recyclage" comme l'ont dit, à tort, certains critiques.
À la frontière entre journalisme et littérature, Joseph Kessel ressent l'écriture comme un besoin, une évidence qui s'impose à lui et qu'il exprime avec simplicité : "Je pense qu'un écrivain a besoin d'écrire comme un cultivateur a besoin de cultiver la terre."
Un style qui s'adapte au genre littéraire
Auteur d'une œuvre colossale et protéiforme, véritable collection d'expériences et de vies humaines tirées des quatre coins du monde, Kessel sait adapter son style en fonction de ce qu'il écrit, reportages ou romans, récits ou fictions.
Serge Linkès nous donne un aperçu du processus d'écriture de l'écrivain reporter. Il partait d'un événement, d'un sujet, d'une aventure, dont il tirait un reportage puis Kessel se mettait à l'écriture du roman. Ce qui est transposé c'est le décor, les personnages clé mais il y a une véritable recherche du potentiel romanesque, d'une intensité de l'aventure qui n'existe pas dans ses reportages.
Étienne de Montety, écrivain et rédacteur en chef du Figaro littéraire consacre sa chronique de fin d'émission au livre American Dirt de Jeanine Cummins.
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