« À qui sait attendre » de l’américain Michael Connelly
Plusieurs personnages connus de la galaxie Connelly sont en scène : Renée Ballard, flic, mais aussi surfeuse, Harry Bosch, inspecteur inventé il y a 30 ans, désormais à la retraite, mais que Renée appelle à l’aide, Maddie, fille du vieilHarry, qui intègre l’unité des Affaires Non Résolues, Cold Case, en anglais dans le texte.
Dans ce roman, il n’y a pas une mais trois affaires : celle d’un violeur en série qui a terrorisé Los Angeles pendant des décennies, celle d’un projet d’attentat fomenté par l’extrême droite américaine et la troisième affaire est un fait divers devenu culte, c’est l’affaire du Dahlia Noir, soit le meurtre atroce de la starlette Elisabeth Short en 1947.
Et Connelly l’écrit lui-même : “Concernant l’affaire du Dahlia Noir, on a le livre de James Ellroy, celui d’un ex – flic qui dit que son père est l’assassin, tout un tas de théorie.” Et voilà que Connelly romance la sienne.
« Théorie de la disparition » de Séverine Chevalier
La narratrice est une “femme de” - Séverine Chevalier dédie d’ailleurs son livre aux “femmes de” : celles qui existent dans l’ombre et pas pour elle-même.
Elle, se prénomme Mylène et elle est femme de Mallaury, un auteur de polars à succès. Mylène veille à ce que rien n’encombre son écrivain de mari.
Elle l'accompagne à un festival de polars à Toulouse, dans une résidence d’écrivain en Normandie, résidence installée pas loin d’une centrale nucléaire sur laquelle Mallaury souhaite enquêter.
Et un jour Mylène disparaît. Pas loin. Juste en dessous, dans le sous-sol de la résidence. C’est là que Mylène se met à écrire le livre que nous avons entre les mains.
On entre dans le flux de ses pensées qui racontent la disparition de plusieurs proches et leur réapparition avec les mots de Mylène.
« Bastion » de Jacky Schwartzman
Le récit est mené par Jean-Marc Balzan, qui dit “avoir rejoint un groupe de reclus, à savoir, les retraités”.
Jean-Marc est “ce qu’on appelait autrefois un socialiste, orphelin politique aujourd’hui”. Il regarde BMF TV avec consternation et regrette qu’Alain Souchon soit un artiste sous-estimé.
Mais surtout, Jean-Marc a un ami d’enfance. Il se prénomme Bernard et lui, souhaite la victoire d’Eric Zemmour à la présidentielle.
La nouvelle compagne de Bernard s’inquiète de la violence du Bastion, groupuscule militant d’extrême droite que Bernard fréquente. Elle demande donc à Jean-Marc d’infiltrer le bastion pour protéger Bernard.
À travers le regard et les péripéties de son antihéros, Jacky Schwarztmann nous fait entrer dans le milieu de l'ultra-droite lyonnaise, du militant de base à ses têtes pensantes, en passant par un flic chargé de leur surveillance. Ce avec la gouaille qu’on lui connaît.
« Piège à Loup » troisième roman du norvégien Aslak Nore
Qualité par certains de “nouveau maître du polar scandinave”.
Ce livre se déroule pendant la Deuxième Guerre mondiale, entre Berlin, Oslo, Londres et le premier chapitre, saisissant, est en Ukraine, sur le front de l’est, en décembre 1941.
On y est aux côtés de Henry Storm, norvégien germanophone engagé dans une division de la waffen-SS pour lutter contre les bolchéviques.
Les atrocités vécues au front vont ébranler les convictions d’Henry. Une fois rentré à Oslo, il tente d’entrer dans la résistance norvégienne, dont fait partie la femme qu’il aime.
Commence alors un roman d’espionnage, donc de manipulation. L’enjeu est le suivant : percer le secret de nouvelles armes allemandes - des fusées - qui pourraient bien permettre au Reich d’écraser les alliés.
C’est un roman dense, haletant, avec une ambition documentaire puisque les premières pages précisent que le récit est inspiré de faits réels.
Piège à Loup, d’Aslak Nore, traduit du norvégien par Céline Romand – Monnier est publié par les éditions marseillaises Le Bruit du Monde.
« HENUA » de Marin Ledun
Un titre qui signifie “la terre”, en marquisien puisque ce roman noir se déroule dans l’Archipel des Marquises.
Le livre s’ouvre sur des paysages magnifiques et dès le début, Marin Ledun émaille son texte de mots marquisiens liés à la faune, la flore, la culture.
Dans ce décor de rêve, est découvert le cadavre d’une jeune femme, Paiotoka O’ Connor. Et pour élucider sa mort, Marin Ledun met en scène un duo de flics.
Tepano Morel, présenté comme “un demi”, un métis, dont le père est métropolitain et la mère originaire des Marquises. Morel, lui, ne sait rien de ce territoire, jusqu’alors, il n’y avait jamais mis les pieds. D’où son association avec Poerava Wong, une lieutenante de gendarmerie, native des Marquises.
L’enquête va mener Morel à renouer avec ses racines et à découvrir la réalité d’une micro-société minée par la colonisation, les essais nucléaires, le trafic de drogue, le mépris de la nature et les violences domestiques, notamment contre les femmes. Nous sommes donc très loin de la carte postale.
À savoir que Marun Ledun fut lauréat d’un des prix de Quai du Polar l’année dernière.
Les coups de cœur de nos critiques
Bernard Poirette : "La petite fasciste" de Jérôme Leroy (La manufacture des livres)
Patricia Martin : "Illusion tragique" de Gilda Piersanti (Poche)
Arnaud Viviant : "Les cambrioleurs" de Fabio Viscogliosi (Actes sud)
Elisabeth Philippe : "On ne sait rien de toi" de Fabrice Tassel (La Manufacture de livres)
Rebecca Manzoni : la bande dessinée "Krimi" d'Alex W. Inker (dessinateur) et Thibault Vermot (scénariste), (Sarbacane)