Il y a sans doute eu un peu de déception de ce côté-ci des Alpes en apprenant que le nouveau pape ne serait pas français. Mais une déception vite dissipée par la surprise : pour la première fois, le souverain pontife est originaire des États-Unis. Un nord-américain, le cardinal Robert Francis Prevost, succède à un sud-américain, Jorge Mario Bergoglio.
Léon XIV : un pape américain au bon moment ?
Si les catholiques sont concernés au premier chef par cette élection, l’identité du nouveau pape excède largement la sphère religieuse et spirituelle. Certes, Léon XIV se retrouve à la tête d’un micro-État, le Vatican. Mais il s’apprête à guider une communauté estimée à plus de 1,3 milliard de fidèles, en augmentation ces dernières années. De quoi avoir une parole qui pèse sur la scène internationale, comme ce fut le cas pour ses prédécesseurs.
Évidemment, la nationalité du nouveau pape intrigue. Léon XIV arrive au moment où Donald Trump bouleverse les affaires du monde. Ces deux-là ont-ils autre chose de commun que leur nationalité ? On se souvient de la dernière image officielle de François, quelques heures avant sa mort, une conversation avec le très pieux J.D. Vance, le vice-président des États-Unis. Ultime face-à-face entre un chef spirituel ouvert à l’altérité et un chef politique ultra-conservateur. Et il semble bien que le nouveau pape soit dans la continuité de son prédécesseur, défendant notamment la compassion envers les migrants. De quoi peser sur la politique de la première puissance mondiale ?
Natacha Valla : « Le pape, c'est un chef d'État donc il a l'occasion d'exercer symboliquement une conduite des affaires de l'État qui doit permettre de faire modèle. Et la notion de paix aujourd'hui a plus que valeur que jamais, à l'échelle de nos vies humaines. C'est-à-dire que l’on a eu la chance de vivre dans un environnement où la paix a été considérée comme donnée. Là, il nous rappelle que c'est un élément essentiel pour le bien commun et pour la prospérité du monde. Quelque chose qui n'est pas neutre et qui doit peut-être pouvoir servir de corde de rappel dans certains contextes de négociations qui peuvent être des négociations difficiles car multidimensionnelles, en ajoutant cette dimension qui est politique et spirituelle à la fois. »
La trêve, un horizon durable pour l'Ukraine ?
Un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours : c’est la proposition faite samedi 10 mai à Kiev par un groupe de dirigeants européens parmi lesquels le Français Emmanuel Macron, le Britannique Keir Starmer, l’Allemand Friedrich Merz et le Polonais Donald Tusk. Proposition appuyée par l’Américain Donald Trump et assortie d’une menace : si Vladimir Poutine refuse, un nouveau train de sanctions sera décidé. Réponse, quelques heures plus tard, du président russe : “La Russie est prête à des négociations sans aucune condition préalable”, dès jeudi prochain à Istanbul.
Laetitia Strauch Bonart : « Il y a plusieurs hypothèses. La première, c'est que Poutine est prêt à négocier, qu'il ne demande pas de conditions. Seuls les naïfs pourraient le croire. La deuxième possibilité, c'est que la réponse de Poutine est un leurre. Il ne négociera pas, ni avec les Européens, ni avec l'Ukraine et qu'il veut juste gagner du temps. Il a besoin de temps pour permettre à ses armées de se regrouper. Et l'armée russe est fatiguée. c'est un poids très fort, très lourd pour la population. Il achète son temps, il fait durer les choses. Mais il y a une autre hypothèse. Est-ce que les Européens ne savent pas déjà que ça ne fonctionnera pas ? Ils le savent, mais ils font cela pour pousser Donald Trump à voir la réalité en face, à accepter et à reconnaître publiquement que Vladimir Poutine ne veut pas faire la paix, et donc, finalement, le pousser à agir. C'est une hypothèse possible, et cette hypothèse-là, elle serait favorable à l'Ukraine, elle serait indirectement favorable à l'Europe, même si les Européens passeront peut-être pour des naïfs. Mais on ne peut pas sous-estimer cette espèce de jeu, de billard à plusieurs bandes. »