La confiance toute simple peut sembler adossée à un optimisme excessif dans la nature humaine. Cependant, il n’y a pas de société sans confiance minimale : une méfiance tous azimuts, toute la journée, est invivable. Pas de commerce si on craint sans cesse de se faire arnaquer. Pas d’achat de nourriture si on suspecte le vendeur de nous empoisonner sans vergogne. Nous sommes bien obligés de faire un peu confiance.
Mais y a-t-il un point à partir duquel la confiance devient excessive, naïve, pure crédulité ? Cette question invite à réfléchir à la manière dont nous apprenons, dans nos vies, à faire confiance ou, au contraire, à se méfier. A la façon dont ces processus s’installent en nous. Ces processus peuvent-ils se détraquer ? Y a-t-il des époques, la nôtre peut-être, où l’on tend de plus en plus à croire n’importe quoi et où, en même temps, on se méfie sans cesse de mille choses ?
Des confiances aveugles
Louis Quéré met en avant le fait qu’il existe plusieurs types de confiance aveugle. “Il y a une confiance aveugle qui est naïve, qui n'est pas prudente, qui ne prend pas de précautions. (...) Mais en fait toute confiance est aveugle, (...) car elle représente un saut dans la certitude. (...) Comme l’a expliqué la sociologie, la confiance est une manière de faire face à cette incertitude par une sorte d'assurance intérieure qu'on se donne”.
La confiance comme engagement de soi
Pour Joëlle Zask, “faire confiance, c'est engager quelque chose de soi, et c'est engager même quelque chose d'assez fondamental dans son existence (...) C'est aussi parce qu'on s'est engagé dans un processus, qu’on veut continuer à y croire parce que cela produit une espèce de cohérence dans notre vie. Si on est tout le temps en train de remettre en cause ce qu'on a commencé, si on doit interrompre l'action dans laquelle on s'est engagé, en fait nous allons devenir complètement fous”.
L’exemple d’Anne trompée : le symptôme d’une société de la trahison
Vincent Cespedes propose une analyse de l’escroquerie dont a été victime Anne, trompée par un faux Brad Pitt. “Ce qui importe ce n'est pas le fait qu'elle ait fait confiance à ce faux Brad Pitt, c'est qu'elle a été trahie et que les traîtres qui se font passer pour ce qu'ils ne sont pas, les traîtres avancent masqués et poignardent dans le dos, les traîtres savent très bien jouer avec les nouveaux codes de la cybermodernité (...). Les moyens technologiques aujourd'hui servent totalement la société de la trahison".
Pour en parler
Joëlle Zask enseigne au département de philosophie de l’université Aix-Marseille et est membre de l’Institut universitaire de France. Elle a publié :
Louis Quéré, sociologue, directeur de recherche honoraire au CNRS. Il a aussi enseigné à l’EHESS où il a dirigé des thèses. Il a publié :
Vincent Cespedes, écrivain, philosophe et compositeur. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont :
Références sonores
- Extrait du film Star Wars, épisode III : La Revanche des Sith, réalisé par George Lucas, sorti en France en 2005
- Archive d’Anne qui prend la parole sur l’affaire du faux Brad Pitt, chaîne Youtube du média “Legend”, le 14 janvier 2025
- Lecture par Nicolas Berger d'un extrait de Georg Simmel, Sociologie. Études sur les formes de socialisation (1908), chap. 5 “Le secret et la société secrète”, p. 382.
- Lecture par Antoine Ravon d'un extrait de Ralph Waldo Emerson, “La confiance en soi” (1841)