"Même le fond de l'air avait changé !"
Les explosions de joie qui marquent les premiers jours de l’indépendance en Algérie sont rapidement gâchées par les événements tragiques d’Oran, le 5 juillet 1962, mais aussi par les dissensions qui éclatent au grand jour entre différentes factions du FLN. Celles-ci plongent la nation algérienne à peine naissante dans un climat de guerre civile.
Bachir Hadjadj*, explique ainsi son point de vue de l’époque : “L'Indépendance n'était qu'une étape. Nous à l'Armée de libération nationale, nous étions là pour développer le pays et le prendre en charge, c’était clair. Donc, le projet politique de l’ALN nous est apparu à ce moment : l’ALN était faite pour prendre le pouvoir. J'appartenais à l’ALN, ça ne me paraissait pas incongru”.
Les partisans d’un futur état pluraliste finissent par céder face à la pression grandissante de ceux qui, soutenus par les dirigeants l’armée, prônent un parti unique et une coupure radicale avec le passé français de l’Algérie.
Slimane Zeghidour*, se souvient combien la population a pu se sentir dépourvue face à cette situation : “La guerre contre les Français était terminée : bonjour la guerre entre Algériens. Et nous, nous étions déjà largués.”
Cette situation accélère l’exode des Pieds Noirs, auquel la France n’était pas préparée. Alors toute jeune, Dominique Moebs se rappelle leur difficile arrivée en France : "Nous sommes partis en bateau pour arriver dans le port de Marseille. Mais, nous n’étions pas les bienvenus. Le maire de Marseille avait même écrit que les pieds noirs devaient aller se réadapter ailleurs”.
Dans un même temps, les harkis et tous les anciens supplétifs de l’armée française sont en grande majorité abandonnés à leur triste sort, comme le rappelle Djoudi Attoumi : “Parce que les blessures et la douleur étaient encore vives, la population s'est vengée. Les harkis ont été livrés, par l'armée française, à la vindicte populaire. Un point c'est tout”.
Alors qu’ils subissent l’ostracisme, vengeances, certains officiers français entreprennent cependant de les aider.
Un documentaire de Rafael Lewandowski, réalisé par Rafik Zénine.
Une production France Culture, en partenariat avec l'INA et ARTE France.
=> Tous les témoignages dans leur intégralité sont à retrouver sur le site de l'INA .
AVEC :
Mohamed Khaznadji, combattant de l’ALN en Algérie, condamné à mort pour terrorisme, puis gracié par le Général de Gaulle quelques mois avant sa libération en mai 1962.
Arezki Metref, né à Aumale (aujourd’hui Sour El-Ghozlane) en 1952. A passé l’essentiel de la guerre avec sa famille à la Cité des Eucalyptus, dans la banlieue Est d'Alger.
Slimane Guesmia, 18 ans en 1962, membre des scouts musulmans. A grandi dans un bidonville d’Alger, puis à la Cité Mahiedinne, qui a soutenu activement le FLN et son combat.
Alice Cherki, née dans une famille juive d’Alger. Interne en psychiatrie, elle a soigné en Tunisie de nombreux Algériens traumatisés par la guerre et revient dans sa ville natale en avril 1962. Très critique à l’égard des dirigeants de l’ALN.
Djilali Leghima, né à Tizi Ouzou et parti travailler en France en 1951. Militant du MTLD, puis du FLN. Arrêté, torturé puis interné à Fresnes à partir de février 1961. Dès sa Libération, est nommé à nouveau, au début de l’été 1962, responsable du FLN dans la région parisienne.
Mouloud Larech, né dans la wilaya de Skikda en 1934. Militant du MTLD. Rejoint le maquis du FLN en Août 1955 et devient soldat de l’ALN en Algérie jusqu’à l’Indépendance.
Kamel Ouartsi, né à Guelma en 1938 et devenu soldat de l’ALN à l’âge de 19 ans. Envoyé en formation en Syrie, puis en Egypte avant de devenir l’un des officiers supérieurs de « l’armée des frontières » basée en Tunisie jusqu’à l’indépendance.
*Bachir Hadjadj, a effectué son service militaire et ses études en France, avant de rejoindre clandestinement les rangs de l’ALN en Tunisie, où il stationne jusqu’en juillet 1962.
Jean Montpezat, directeurde Cabinet à la préfecture d’Oran chargé de préparer la passation de pouvoir avec les autorités algériennes au cours de l’été 1962.
*Dominique Moebs, née à Alger en 1953. Sa famille était installée sur place depuis près d’un siècle. Elle quitte définitivement l’Algérie avec ses parents à la fin du mois de juillet 1962.
Bernard Zimmerman, né à Oran en 1940. Jeune instituteur sympathisant de la cause algérienne, condamné à mort par l’OAS, il quitte provisoirement l’Algérie en juillet 1962.
Simone Aiach, militante communiste expulsée d’Algérie avec sa famille en 1958, elle a passé pour plusieurs années à Paris avant de revenir vivre à Alger à la faveur de l’indépendance.
*Slimane Zeghidour, né en Kabylie en 1953. A passé l’essentiel de la guerre dans un camp de regroupement avec sa famille.
Henri Benoist, délégué CGT chez Renault et soutien actif du FLN pendant la guerre. Invité à Alger dès l’indépendance pour conseiller l’UGTA, l’Union Générale des Travailleurs Algériens.
Ali Agouni, indépendantiste de la première heure, messaliste convaincu, ce qui n’est pas une bonne chose en ce début d’indépendance algérienne totalement dominée par le FLN…
Rabia Fenour, également messaliste, mais dans le nord de la France, où il était venu chercher du travail avant la guerre. A l’heure de l’indépendance, il est témoin de la lutte fratricide qui se poursuit entre le MNA de Messali et les partisans du FLN.
Messaoud Kafi, né dans les Aurès en 1943. Placé avec ses parents dans un camp de regroupement en 1957, où il est devenu harki. A servi la France jusqu’à l’indépendance.
Roger Bissonnier, sous-officier placé à la tête d’une unité de Force Locale au printemps 1962. Contraint de laisser sur place « ses » harkis lors de son départ, en juillet de la même année.
*Djoudi Attoumi, né à Sidi Aich (Bejaia) en 1938. Rejoint l’ALN en 1956. A participé au Congrès de la Soummam. Membre de la commission de cessez-le-feu au printemps 1962.
Jacques Vogelweith, sous-lieutenant formé à l’Ecole des officiers de Cherchell, puis nommé adjoint du directeur du camp de harkis de Zeralda au cours de l’automne 1962.
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