Le principe est simple : le consommateur achète une bouteille de soda ou d'eau 20 centimes plus cher et ramène la bouteille en plastique vide dans une machine ou un point de collecte pour récupérer sa consigne.
La mesure est censée améliorer le taux de collecte des bouteilles en plastique usagées qui stagne à 60 %.
La France s'est fixée comme objectif d'atteindre un taux de collecte de 90 % à l'horizon 2030 et de réduire de moitié la mise sur le marché des bouteilles en plastique.
Cela fait trois ans , depuis la loi anti-gaspillage, que la question de la consigne est discutée.
Les industriels comme Coca ou les marques d'eau poussent pour cette mesure.
Ils disent en substance : "la réglementation nous oblige à incorporer de plus en plus de plastique recyclé dans nos bouteilles neuves"...Pour cela, il faut nous laisser récupérer nos vieilles bouteilles !
Sauf que, la mesure suscite un tollé chez les élus locaux ! Pas touche ! la place des bouteilles en plastique vides c'est dans le bac jaune et pas ailleurs !
Fin de non recevoir des élus locaux
Pourquoi une telle convoitise pour récupérer des déchets plastiques ?
Parce-que les bouteilles en plastique sont fabriquées en PET, le seul plastique qui a de la valeur dans les bacs de recyclage. Une source de revenu pour les collectivités locales
Selon les maires : retirer les bouteilles des bacs jaunes, c'est ajouter de la confusion au geste de tri et déstabiliser toute la filière. Les associations d'élus locaux accusent les industriels de vouloir faire main basse sur une manne financière et de laisser aux communes les emballages plastiques les plus difficiles à recycler.
L'association de lutte contre la pollution plastique, Zero waste France non plus n'est pas convaincue. Déjà, le terme "consigne" prête à confusion selon Charlotte Soulary, chargée du dossier au sein de l'ONG :
"Le mot consigne laisse penser que les bouteilles en plastique collectées seront lavées pour être réemployées comme c'est le cas pour la consigne du verre. Or, les bouteilles en plastique sont fondues pour fabriquer de nouvelles bouteilles. cela reste du plastique jetable". Et au bout de plusieurs recyclages le plastique s'abime.
Le gouvernement tergiverse :
Pour tenter de déminer le dossier, une concertation a été lancée en janvier 2023 avec tous les acteurs du dossier : industriels, élus, ONG. Mais aucun compromis n'a émergé.
Des annonces étaient attendues en juin 2023. Mais à quelques semaines des élections sénatoriales, le sujet est explosif. Ce n'est pas le moment de se fâcher avec les élus locaux. Finalement, le gouvernement préfère reporter la décision à l'automne.
La concertation se termine donc en queue de poisson. La dernière réunion de restitution prévue mercredi 21 juin, déjà reportée trois fois, a été annulée à la dernière minute la veille. De quoi exaspérer un peu plus l'association d'élus locaux Intercommunalités de France qui juge la méthode "inacceptable". Et pour ajouter à la confusion générale, les spéculations vont bon train sur des prétendues divergences des deux membres du gouvernement chargés du dossier, Bérangère Couillard et Christophe Béchu, le second, ancien maire d'Angers réputé plus à l'écoute des préoccupation des collectivités.
Le gouvernement relance la consigne...du verre :
Dans ce contexte tendu, jeudi 22 juin, la secrétaire d'Etat chargée de l'écologie Bérangère Couillard lâche du lest et annonce une série de mesures contre la pollution plastique. Un dispositif de consigne de verre va être expérimenté dans des hypermarchés et des supermarchés en vue d'une généralisation d'ici deux ans. Autre annonce : l'amélioration du tri sélectif dans les espaces publics ou encore l'interdiction de certains plastiques non recyclables en 2025 comme la barquette noir de carbone qui sert pour les sushi ou le polystyrène expansé. Des mesures saluées par les ONG , Zero Waste France, Surfrider Foundation Europe et le collectif réemploi, mais pas de quoi calmer la colère des associations d'élus. Pour le président d'Intercommunalités de France, Sébastien Martin : "dommage qu'il faille attendre que la secrétaire d'Etat soit dos au mur pour reprendre à son compte un certain nombre de nos propositions".
De son côté Nicolas Garnier délégué général d'Amorce, autre association d'élus, craint que ces mesures ne fassent diversion alors que le vrai point de blocage reste la consigne des bouteilles plastiques : "Tous les éléments sont réunis pour que le gouvernement débranche cette consigne des bouteilles plastique et qu'on prépare un vrai plan de prévention et de gestion des déchets".