Bétonnés, menacés par l'érosion, contaminés par les polluants agricoles et industriels, aujourd'hui 70 % des sols sont dégradés en Europe.
Et pendant longtemps les sols ont été l'angle mort des politiques européennes sur l'environnement. Il en question dans plusieurs réglementations mais aucun grand texte. Il existe une directive-cadre sur l'eau, une autre sur l'air mais pas sur les sols.
Il y a bien eu un projet de directive sur les sol en 2006, mais il a capoté en 2013 sous la pression de cinq Etats dont la France.
Dix ans plus tard, il y a une prise de conscience de l'urgence d'agir. Des sols en bon état sont essentiels pour l'alimentation rappelle Jacques Thomas président de l'Association française de l'étude des sols qui se bat pour préserver les terres depuis plus d'un siècle : "Plus de 90 % de ce qu'on mange vient directement ou indirectement de la terre, et 25% de la biodiversité se trouve sous nos pieds, Les vers de terre, champignons, bactéries sont indispensables au cycle de la matière organique.".Sans compter que les sols captent le CO2 et nous protègent des sécheresses car ils retiennent l'eau.
Une protection juridique européenne pour les sols
Le but est de leur garantir le même niveau de protection que l'eau, le milieu marin ou l'air, autrement dit de leur accorder une protection juridique européenne.
Pour cela, il faut déjà l'état des lieux de la santé des sols l'échelle européenne. En France il y a un suivi régulier. Mais dans certains pays, de l'est notamment, il n'y a pas de diagnostic, ni même de cartographie des sites contaminés. Ce qui parait quand même utile quand on veut éviter de construire une crèche ou une école sur une friche industrielle.
Le texte doit aussi établir des règles de bonne pratiques de gestion des sols et les restaurer s'ils sont abîmés.
Les ONG espèrent qu'il y aura des normes à respecter comme pour la qualité de l'air ou de l'eau dans les rivières
Définir Des indicateurs de la bonne santé des sols
Autre défi, il va falloir se mettre d'accord à 27 sur des critères communs pour définir ce que l'on entend par un sol en bon état. Les scientifiques ou des associations comme l'Association française de l'étude des sols (Afes) ou Terre de liens y travaillent déjà sur des indicateurs précis, comme le pourcentage de matière organique ou les taux de contamination aux polluants.
Claire Chenu, directrice de recherche à l'Institut national de recherche sur l'agriculture, l'Inraé coordonne un programme européen sur la gestion durable des sols agricoles. et pourquoi pas dit-elle mettre en place un diagnostic sol lors de la vente des fermes ? L'acheteur pourrait ainsi savoir si la terre est de bonne qualité. Un peu comme lorsqu'on achète une maison, on vérifie qu'elle n'est pas contaminée au plomb ni infestée de termites. Claire Chenu, spécialiste des sols espère que le projet de loi européen donnera des normes mais aussi plus de cohérence dans la réglementation sur les sols. Aujourd'hui il y a des injonctions contradictoires en fonction des textes dit-elle : "par exemple sur les tourbières, la Politique agricole commune accorde des aides pour les drainer. Or la loi climat européenne reconnait aujourd'hui qu'il faut au contraire remettre en eau, restaurer les tourbières qui stockent le CO2".
Le projet de loi européen sur la santé des sols est attendu début juin. On ne sait pas encore s'il sera très contraignant ou pas. Les négociations sont toujours en cours. Les arbitrages politiques, les plus difficiles, se prennent toujours dans la dernière ligne droite.