À Paris, entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle, près des trois quarts des femmes qui abandonnent un enfant sont domestiques ou ouvrières. Avant la diffusion et la légalisation des moyens de contraception et d’avortement, la décision de ne pas garder son enfant est très souvent dictée par la contrainte économique.
L’historien Antoine Rivière, auteur d’une thèse sur les abandons d’enfant aux XIXe-XXe siècle rappelle que la longue période de dépression économique de la fin du XIXe siècle, va amener un gonflement du nombre d'enfants abandonnés : "Il y a jusque dans les années 1870 à Paris, autour de 3000 abandons par an. À partir du milieu des années 1880, jusque 1905, on passe quasiment à un doublement, avec presque 5000 abandons par an. Et ces abandons sont de plus en plus le fait de ménages qui mettent en avant leurs difficultés économiques”.
Une réalité économique qui perdure encore à notre époque. Emmanuel Pont, auteur de « Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ? », explique qu’aujourd’hui, en France, il y a à peu près 30 % d'enfants en moins de ce que les gens souhaiteraient. Il en évoque les raisons principalement pécuniaires : “C'est à peu près toutes des raisons d'ordre économique. C’est la conséquence par exemple de la diminution des places en crèche, de la baisse des allocations par rapport au niveau de vie, du coût de l'immobilier qui a augmenté, et complique l’acquisition d’une chambre en plus. Ces situations pourraient expliquer la légère baisse de la natalité en France.”
Aujourd’hui, c’est néanmoins plutôt dans les sphères sociales les plus diplômées et les plus économiquement dotées que le choix de ne pas faire d’enfant s’affirme davantage aujourd’hui. Ne pas avoir d’enfant, est-ce une contrainte de pauvre ou un désir de riche ? Des abandons d’enfant au XIXe siècle aux accouchements sous X aujourd’hui, quel est le rôle de la contrainte économique dans le choix de vivre sans enfant ?
Un documentaire de Manon Prigent réalisé par Anne Fleury.
Avec :
- Charlotte Debest, sociologue, autrice de « Le choix d’une vie sans enfant », PUR, 2014
- Nadine Lefaucheur, sociologue
- Emmanuel Pont, auteur de « Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète ? »
- Antoine Rivière, historien, auteur d’une thèse sur les abandons d’enfant aux 19e-20e siècle
- Laurent Toulemon, démographe, directeur de recherche et responsable de l’unité « Fécondité, famille, sexualité » à l’INED
- Susana, « mère de l’ombre » dont on peut lire le témoignage dans Les Fantines, de Maria-Pia Briffault
- Sandrine, née sous X
Merci à Irène Théry et Maria Pia Briffault.
Lectures : Daniel Kenigsberg et Nathalie Kanoui - Mixage : Eric Boisset
Les textes lus sont extraits des archives de l’hôpital des enfants trouvés et de l’Assistance publique, Service des enfants assistés de la Seine (datées de 1876 à 1923).
Bibliographie
- Antoine Rivière, « Mères sans mari. Filles-mères et abandons d’enfants (Paris, 1870-1920) », Genre & Histoire, Automne 2015,
- Maria Pia Briffault, Les fantines. L’accouchement sous X, une violence faite aux femmes, Le lys bleu, 2019
- Nadine Lefaucheur, L'accouchement « sous X » Une « tradition française » ? French Politics, Culture & Society, 1999 (vol. 17)
- Nadine Lefaucheur, « De la tradition française au droit à la vérité de la biographie – ou du recours à l'histoire dans les débats parlementaires sur l'accouchement dit sous X », Clio. Histoire, femmes et sociétés, 2006/2
- Coline Cardi, « La « mauvaise mère » : figure féminine du danger », Mouvements, 2007
- Julie Ancian, Les violences inaudibles, Seuil,
- Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel, Ne nous libérez pas, on s’en charge. Une histoire des féminismes de 1789 à nos jours, La Découverte, 2020
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