On a d’abord vu les consommateurs se ruer dans les magasins pour faire des courses dites "de précaution" avec les achats de pâtes, de riz et de conserves qui ont atteint des niveaux record de vente en raison de la crainte d’un confinement total.
Ce phénomène de stockage est assez classique par temps de crise rappelle le sociologue de l’alimentation Eric Birlouez. Il s’explique aujourd’hui par deux raisons : non seulement les familles ont dû prévoir un nombre plus important de repas (repas qui sont pris habituellement à la cantine ou au restaurant) mais les produits ont été aussi pris d’assaut parce que **l’ennui et l’anxiété favorisent en général la surconsommation. **
L’alimentation peut donc rassurer en ces périodes de confinement mais elle peut être aussi perçue, à l’inverse, comme une source de peur. Une des questions les plus fréquentes de la part de nos concitoyens concerne la contamination possible des produits alimentaires et des emballages par le virus lors de leurs achats en magasins.
Quels sont les autres effets de cette crise sur l’alimentation ?
Eric Birlouez affirme que le coronavirus est sans doute aussi déjà en train de modifier une prise de conscience relative à la valeur même de la nourriture que nos sociétés industrialisées ont tendance à nous faire oublier.
Alors que nous sommes confrontés à la peur de la pénurie, on assiste par exemple à un changement de perception concernant le rôle clé des agriculteurs qui constituent le premier maillon de la chaîne alimentaire. On s’inquiète aussi de la pénurie de main-d’œuvre pour récolter les fruits et les légumes et l’on prête plus d’attention à des métiers comme ceux des hôtes et hôtesses de caisse qui se retrouvent en première ligne face à l'épidémie ou ceux des chauffeurs routiers qui permettent l’acheminement de la nourriture.
En filigrane, la question de la sécurité alimentaire…
Ce n’est pas l’annonce de l'ONU et de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) qui va calmer les inquiétudes puisqu’en raison des tensions actuelles sur la chaîne d'approvisionnement, ces deux organisations viennent d’alerter sur un risque possible de pénurie alimentaire au niveau mondial.
Il faut rappeler qu’en France, 60% de nos fruits et légumes sont importés et que cette crise ne fait que souligner la fragilité de nos systèmes mondialisés qui fonctionnent à flux tendus avec un minimum de stocks.
"Et que peut-il se passer si les échanges entre les pays se crispent ?" , se demande Eric Birlouez. L’éventualité d’une telle situation pourrait sans doute renforcer chez les consomm’acteurs, la volonté de reprendre le contrôle sur leur alimentation en privilégiant par exemple les produits locaux. On voit d’ailleurs déjà de nombreux particuliers se diriger vers de nouveaux circuits d’approvisionnement pour s’alimenter.
Dans toutes les étapes du système alimentaire on voit donc que cette crise sanitaire modifie déjà considérablement notre rapport à la nourriture. Et ce sera justement le sujet du Virus au carré **cet après-midi avec Bruno Duvic. **