Depuis le 21 janvier, la France est touchée par une sécheresse hivernale. "La sécheresse de l'été 2022 est attribuable au changement climatique, et cette année, nous avons une sécheresse plurianuelle : normalement, en hiver, il pleut, ce qui permet de réalimenter les nappes. Très probablement, cette sécheresse hivernale, on montrera aussi qu'elle est liée au réchauffement climatique", selon la géographe Magali Reghezza. Cet hiver, il n'y a pas d'eau, donc pas de réserves en vue de l'été.
Il n'y a même pas besoin d'un été caniculaire pour qu'il y ait sécheresse, selon la géographe : "Il existe trois types de sécheresse : la sécheresse météo, c'est quand il ne pleut pas, la sécheresse hydro, c'est quand il n'y a pas d'eau dans les fleuves, et celle des sols, la plus terrible pour l'agriculture et les végétaux. Ces trois-là vont se combiner, d'autant plus qu'il n'a pas neigé non plus cet hiver".
"Bombe à retardement"
C'est même une "bombe à retardement" selon Serge Zaka, docteur en agroclimatologie : "Il reste cinq semaines avant l'ouverture des bourgeons, donc cinq semaines aux nappes phréatiques pour se recharger. Les nappes phréatiques, c'est notre stock d'eau pour passer l'été", dit-il.
L'extraordinaire est-il en train de devenir ordinaire ? "Ce n'est pas nouveau : l'année dernière, à la même époque, il y avait eu une gelaison suivie d'une période de sécheresse. Quand on regarde le temps long, les 10 années les plus chaudes enregistrées par Météo France l'ont été dans les vingt dernières années", analyse Léa Falco, membre du collectif "Pour un réveil écologique". "En France, il y a un gros besoin d'adaptation : on a des méthodes, il faut trouver du financement".
Sobriété sur l'eau
Risque-t-on de manquer d'eau potable l'eau prochain ? "Il y a plein de villes où on était au bord de la rupture ? Manquer d'eau, non, parce qu'on a les moyens de faire venir l'eau en bouteilles", dit Magali Reghezza. Mais la pression accrue sur les ressources en eau va pousser à prioriser, "d'abord pour l'eau potable, ensuite pour l'agriculture". "On ne va pas manquer d'eau mais l'accès à l'eau est inégalement répartie selon les territoires".
La sobriété sur l'eau va-t-elle s'imposer ? "C'est déjà le cas, quand vous avez des arrêtés qui disent qu'on va arrêter d'arroser les pelouses (...). La sobriété, c'est comme pour l'énergie : il faut de l'efficacité, arrêter les fuites sur les réseaux, et puis il faut consommer moins". Cela pousse à trouver, par exemple, des végétaux dans les villes qui ont besoin de moins d'eau. Les golfs peuvent devenir problématique, par exemple. Et l'agriculture doit être adaptée.
Comment adapter l'agriculture ?
Dans l'agriculture, "on a toutes les cartes en main, et chaque carte apporte quelques chances de plus de résister à la sécheresse, mais aucune carte n'est une solution toute seule", explique Serge Zaka. Il y a par exemple l'utilisation de nouvelles variétés : "Les cultures de maïs en 2022 ont eu le même rendement qu'en 1960 sans sécheresse", grâce à des croisements entre variétés. Ce peut être aussi de nouvelles espèces, avec plus d'oliviers, de vignes, des espèces moins gourmandes en eau, et un déplacement vers le nord. "Et il y a aussi le côté technique, avec moins de labour et plus de couvert pour protéger les sols, ça permet de stocker 5-10% d'eau en plus".
"Il y a un plan national d'adaptation au changement climatique qui fixe le seuil de changement à 4°C", explique Léa Falco. "Ca ne veut pas dire que c'est ce qu'on va atteindre, mais la justification a été qu'on préfère s'adapter au pire. Mais il va falloir des plans territoriaux, on n'a pas les mêmes problèmes partout sur le territoire. Et pour certains secteurs, il va falloir une organisation en termes de métiers, de prospective". Cela pose par exemple la question de l'économie des stations de ski, pour "ne pas laisser les gens qui travaillent dans les stations de ski sur le carreau" dit Léa Falco.
Sur la question des piscines privées, c'est là aussi une question de priorités : "Ce sont des choix, il faut bien comprendre qu'on ne négocie pas avec le climat. Il y a des choix à faire collectivement, des choix de société : soit on les subit, soit on se met ensemble et on se demande ce qui est essentiel. Peut-être qu'une année on peut se passer de piscine pour que l'agriculteur ait de l'eau", selon Magali Reghezza. Léa Falco confirme : "Ce n'est pas dramatique de ne pas avoir de piscine individuelle, et les piscines publiques sont une bonne manière d'avoir des espaces collectifs".