Jean-Baptiste Bosson, glaciologue et directeur de l'association Marge Sauvage, alerte sur l'état d'urgence absolu des glaciers, reconnu par l'ONU avec la déclaration de 2025 comme année internationale de la préservation des glaciers. Tous les glaciers de la planète vont très mal, une tendance confirmée par des études récentes. L'invité insiste sur le fait que l'humanité se trouve à une croisée des chemins concernant le destin des glaciers et du climat global.
Aujourd'hui, on a à peu près 500 glaciers dans les Alpes françaises par exemple, à peu près une dizaine dans les Pyrénées. En surface, on a à peu près 200 km² dans les Alpes françaises contre moins de 1 km² dans les Pyrénées. C'est la fin de l'histoire dans les Pyrénées, comme le dit Jean-Baptiste Bosson.
À l'échelle des Alpes, les glaciers ont déjà perdu 60% de leur surface. En France, c'est presque 70% des surfaces qui ont disparu depuis que l'homme dérègle le climat, donc depuis la période industrielle."C'est la mort de géants que l'humanité a détruits avec le dérèglement climatique. Sans l'homme, il n'y a pas de dérèglement climatique. Ce sont les hommes qui détruisent les glaciers aujourd'hui."
Les glaciers, écosystèmes clés de voûte menacés
Selon Jean-Baptiste Bosson, les glaciers sont bien plus que de simples stocks d'eau ; ils constituent des habitats pour une biodiversité spécifique et influencent le climat, le cycle de l'eau douce, et le fonctionnement des océans. Il met en garde contre les conséquences inconnues de la disparition des glaciers, soulignant que nous n'avons jamais vécu dans un monde sans glaciers.
Des mesures concrètes
L'invité explique son engagement en faveur des glaciers : "On a développé un projet qui s'appelle Ice & Life, qui vraiment bouge les lignes au niveau national et international depuis des années, qui est porté par un collectif. On a publié dans la revue Nature en disant qu'il y a des solutions, évidemment. Travailler sur le climat et puis mettre des mesures dans les territoires."
Il explique que si on atténue le réchauffement climatique au maximum, on peut sauver une immense partie des glaces sur Terre. Il ajoute : "Et deuxièmement, ce qui est complémentaire et qui ne remplace pas cette action climatique, c'est protéger dans les territoires les glaciers, c'est-à-dire les mettre dans des zones protégées, comme des parcs nationaux, des réserves, ou dans les lois".
Y a-t-il des lobbies qui s'opposent à la protection des glaciers ?
Jean-Baptiste Bosson : "Il y a certains domaines skiables, le lobby du ski dans les Alpes, où on ne partage pas tous la même vision, même si je pense qu'il y a des domaines skiables qui sont exemplaires et qui essayent vraiment d'avancer dans le bon sens, et puis d'autres qui ont une autre vision du rapport au glacier. Par exemple, juste en Autriche, il y a des gros projets aujourd'hui de destruction, d'installation de domaines skiables sur glacier, autour des glaciers, avec des pelleteuses, etc. Les principaux lobbies aujourd'hui, ou les principales menaces, elles viennent des complexes miniers, de l'industrie minière, de l'extraction des ressources minérales. Aujourd'hui, c'est tout en haut du gouvernement américain, de l'administration Trump, ces visites récentes au Groenland."
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