Joel Mokyr, Philippe Aghion et Peter Howitt sont les lauréats du prix Nobel d'économie 2025, annoncé ce lundi 13 octobre, « pour avoir expliqué la croissance économique tirée par l'innovation ». Selon l'économiste Sylvie Rivot, qui a récemment rencontré Peter Howitt, "ce prix Nobel 2025 est vraiment teinté d'optimisme. [On veut montrer] qu'il n'y a pas de fatalité à la stagnation, à l'économie de rente ou au surprofit des grandes entreprises".
Au cœur des travaux de Philippe Aghion, on trouve le concept schumpétérien de la destruction créatrice. Comme l'explique l'économiste Céline Antonin, qui est aussi sa co-autrice, cette idée repose sur une contradiction "entre l'ancien et le nouveau", "entre le fait qu'on a des entreprises qui veulent innover, et donc qu'il faut leur garantir une rente, et le fait que leur garantir une rente va faire qu'elles vont elles-mêmes vouloir bloquer les innovations futures. Philippe Aghion, pour démontrer cette idée, a réalisé un grand nombre d'études empiriques pour tester la théorie de Schumpeter" qui "à la base, ne proposait aucune modélisation".
Souvent critiquée pour ses préférences libérales, la récompense distingue, ces dernières années, de plus en plus de travaux qui confrontent l’économie au terrain et qui intègrent des outils provenant de l’histoire, de la sociologie ou de la psychologie. Malgré ces évolutions, l'économiste Guillaume Vallet note cependant une surreprésentation, parmi les lauréats, des universités américaines, des hommes et la promotion d'une vision erronée de la recherche en économie : "le prix est fortement individualisé, avec tout ce que porte la personne en tant que telle, ce qui ne reflète pas la diversité de la discipline".
Édité pour la première fois en 1969, le Nobel d’économie couronne plus des contributions méthodologiques qu'une carrière ou un positionnement idéologique. À l’heure où la polarisation et l’antiscience vont croissantes, les lauréats sont pourtant amenés à se positionner sur des thèmes économiques qui dépassent l'objet de leurs travaux. Selon Béatrice Cherrier, il faut donc que "le public qui demande une expertise assez globale" réalise qu'"avoir un prix Nobel, c'est avoir la reconnaissance que les méthodes qu'on a apportées ont été très influentes (...). Après, il y a des conclusions théoriques - ici : la croissance est-elle due à l'innovation, ou alors à l'éducation, la culture, les structures sociales ? -, qui elles font l'objet de controverses".
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