Fin décembre, à Mauléon dans le département des Deux-Sèvres, Néo le chat d'une famille a été euthanasié après avoir été contaminé par la grippe aviaire. Il vivait à proximité d'un élevage de canards. Aux Etats-Unis, un grizzli a été touché, au Royaume-Uni, des loutres et des renards, en Russie, des phoques. Ce mercredi, le Pérou annonce que 600 lions de mer ont péri. Les cas ici et là de transmission de grippe aviaire à des mammifères se multiplient. Ils s'inscrivent dans un contexte d'épizootie. Depuis 2021, l'Europe est frappée par la grippe aviaire la plus dévastatrice de son histoire. Le H5NI touche les oiseaux sauvages et domestiques. Plus de quatre millions et demi de poulets et canards ont été abattus rien que dans les élevages français.
La grippe aviaire est-elle dangereuse pour les humains ?
S'il y a maintenant des cas de grippe aviaire chez des mammifères, est-ce que le virus se rapproche des humains, puisque génétiquement, nous sommes plus proche des autres mammifères que des poules. Les autorités sanitaires se veulent rassurantes.
Depuis son apparition en 1996, il y a eu peu de cas de H5N1 chez les humains, près de 900 cas, mais il a une forte létalité, 450 décès. Jusqu'à présent, les humains ont été contaminés par les volailles, jamais par des mammifères, et pour l'instant les mammifères malades sont des cas isolés. "Ce sont des culs de sacs épidémiologiques", explique Jean-Luc Guérin spécialiste de la grippe aviaire à l'École Nationale vétérinaire de Toulouse et à l'Institut de recherche Inrae.
À ce jour, il n’y a pas de cas de transmission de mammifère à mammifère documenté, sauf un cas particulier : un élevage de visons décimé l'année dernière en Espagne. Le vison, comme les autres mustélidés, est connu pour être très sensible aux virus influenza.
Une hécatombe chez les oiseaux sauvages
Plus un virus circule dans le monde animal, plus il y a de risque pour l'humain. Il y a quelques jours, la Ligue de protection des oiseaux alertait sur l'hécatombe provoquée par la grippe aviaire chez les oiseaux sauvages. Le nombre de cadavres de goélands et mouettes gisant sur le sol, c'est du jamais-vu depuis 40 ans selon François Moutou, vétérinaire et épidémiologiste.
La colonie de fous de Bassan de Bretagne a été décimée. Forcément, explique François Moutou : "La distance entre les nids, c'est la distance d'un coup de bec. Ils s'éternuent dessus et se transmettent le virus". Les oiseaux marins qui vivent en colonie sont particulièrement touchés, mais pour la première fois même des vautours fauves ont été infectés dans l’Aveyron.
La situation est exceptionnelle, estime Jean-Luc Guérin. "Avant, les oiseaux migrateurs introduisaient le virus sur le territoire, mais il n'y avait pas de persistance dans le compartiment sauvage notamment dans la période printanière et estivale". Les élevages français étaient touchés l'hiver quand ces oiseaux de passage répandaient leurs fientes, et le virus disparaissait aux beaux jours. Mais depuis un an, ce schéma s'est modifié explique Jean-Luc Guérin : "Un spectre plus large d'oiseaux est infecté et sans doute sont-ils infectés un peu plus longtemps chacun. Au final, il y a un risque de persistance qui est beaucoup plus important". Autrement dit la maladie est présente en continu.
Risque "faible" pour les humains selon l'OMS
Or, plus il y a d'oiseaux sauvages malades, mécaniquement, plus les mammifères charognards ou prédateurs sont exposés. Comme le renard qui mange les poules et les oiseaux. "Ce n'est pas parce qu'il mange sa proie qu'il risque d'être infectée, mais parce qu'il met son museau dans le plumage et le renifle", précise François Moutou.
Le risque c'est qu'à force de muter le virus finisse par infecter plus facilement l'homme. "S'il y a un mammifère chez lequel le virus s'adapte bien ce serait embêtant parce qu'il aurait franchi des serrures qu'il n'a pas réussi à ouvrir pour l'instant", explique François Moutou. C'est pourquoi les autorités sanitaires partout dans le monde surveillent de très près la grippe aviaire et l'apparition d’éventuelles mutations. L’Organisation mondiale de la santé se veut rassurante. Ce mercredi 8 février, elle a évalué le risque pour l'homme comme étant faible. Mais elle appelle à la vigilance.